Séminaire DiscoursNet, Paris: Approches discursives en sciences sociales

Description

Bienvenue à notre séminaire!

Notre séminaire DiscoursNet 2021/22 sera animé par Johannes Angermuller (Open University), Christine Barats (Paris Descartes), Marc Glady (Paris Dauphine), Luciana Radut-Gaghi (CY Cergy Paris Université). Le séminaire aura lieu en ligne, 14-16 heure parisienne. Voir le programme des années passées.

8/10/2021: Johannes Angermuller (Open University), Christine Barats (Paris Descartes), Marc Glady (Paris-Dauphine), Luciana Radut-Gaghi (CY Cergy Université)

Introduction: Discours, langage et société. Approches discursives en sciences sociales

12/11/2021: Elisabeth Le (University of Alberta, Canada)

Quand ne pas être des nôtres ne signifie pas nécessairement faire partie des autres

Dans cette présentation, j’aimerais présenter mon livre, Degrees of European Belonging, publié en 2021 par John Benjamins. Qu’est-ce que l’Europe? Qui est Européen? Certains se reconnaissent sous cette dénomination mais ne sont pas nécessairement reconnus ainsi. Quand l’Europe tend à être présentée comme un « club sélect », c’est-à-dire dont il fait bon de faire partie, ne pas être reconnu en tant qu’Européen peut avoir des conséquences dommageables au point de vue politico-social. Dans ce livre, j’ai étudié la façon dont le quotidien Le Monde présente des États présents sur le continent européen mais dont l’appartenance à l’Europe n’est paradoxalement pas évidente. En dégageant les critères utilisés par Le Monde dans sa représentation des États européens, je fais ressortir toute une zone grise d’appartenance, ni tout-à-fait « nous » ni tout-à-fait « autre », mais tout aussi légitime et importante. Pour cette étude, j’ai analysé quantitativement et qualitativement un corpus rassemblé de 2014 à 2017.

10/12/2021: Laura Calabrese 

Changement sémantique et débat lexical : ce que les mots de la migration nous apprennent sur les discours contemporains.

En nous appuyant sur plusieurs études de corpus, nous illustrerons comment la sémantique discursive peut contribuer à étudier un moment du discours social. Il s’agit de montrer différents types d’analyse qu’on peut réaliser à partir d’une entrée par le mot pour observer les représentations sociales autour d’une thématique, en l’occurrence la migration. Nous nous focaliserons plus particulièrement sur le débat lexical, en essayant de montrer le rôle qu’il joue à un moment de discussion intense, et sur le changement sémantique, qui se produit subtilement avec l’usage et modifie progressivement les représentations.

https://u-paris.zoom.us/j/81678672560?pwd=VmRSUUJVNHAvN0MyRFU0c1Ftbk5YQT09

7 janvier 2022:

Elise Schurgers

Dire le dire-faux. Le métadiscours des « fake news » au prisme de la notion de « formule »

Cette intervention s’intéressera à la question des fake news par le biais d’une lecture critique de la manière dont le phénomène est « parlé » dans la presse. Je voudrais ainsi porter à la discussion les résultats d’une étude de la formule (Krieg-Planque) « fake news », visant à montrer comment la locution nominale s’est stabilisée comme une évidence, facilement reprise pour circuler dans le discours social. Au travers d’un corpus composé de grands quotidiens généralistes français et belges et d’une analyse du discours en diachronie (2004-2019), il s’agira de retracer une trajectoire par le biais de régularités linguistiques et d’amorcer une description des contraintes – symbolique, idéologique et interactionnelle – produites par la circulation en discours de cette unité, dont l’une des particularités est bien de qualifier un type d’énonciation dans l’espace public.

Marys Hertiman

L'empiétement discursif : lecture d'un autre paradigme de subalternisation

L’empiétement discursif, est un processus qui englobe des procédés d’ingérence, d’usurpation de la parole et de modélisation de la subjectivité. Ce processus agit au travers de trois mécanismes : l’énonciation vicariante, la dépossession et le silenciement. Cette intervention présente une notion récemment élaborée et espère donner lieu à une discussion riche, invitant à échanger sur d'autres cadres de mobilisations ou limites.

11 février 2022:

Célia Poulet & Iris Loffeier

Incidence discursive dans l’intervention d’organismes de formation internationaux en maison de retraite

La communication focalisera le travail sémantique opéré par ces organismes de formation sur le langage de description mobilisé en situation. Ils re-catégorisent, dans leur curriculum, des situations dans des termes nouveaux ou scientificisés, ce qui a plusieurs effets sur les expériences du travail des formé·es. Notamment, les pratiques sont technicisées par et dans le langage et aussi, ce que les travailleurs considèrent comme des particularités (locales ou propres à l’identité de résidents) bénéficie d’une montée en généralité (ce qui correspond au passage de discours horizontaux à verticaux chez Bernstein).

11 mars 2022:

Ruth Amossy

Schèmes argumentatifs, matérialité discursive et enjeux sociaux
On part du principe qu’une analyse des schèmes argumentatifs qui sous-tendent les énoncés, en apparence aux antipodes de l’analyse du discours, est nécessaire pour comprendre le fonctionnement des échanges verbaux et la logique qui y préside. On considère le raisonnement comme une structure abstraite et schématisable qui permet de passer de données à une conclusion par un processus d’inférence, et l’argument comme l’usage de ce même schème, au sein d’un cadre de communication, dans une visée de persuasion : d’où l’appellation de « raisonnement donné en partage ». Une première opération consiste, à l’aide de modèles fournis par les théories de l’argumentation, à extraire du discours un schème abstrait pour saisir un raisonnement dans sa logique propre. Une opération complémentaire consiste à le replonger dans la matérialité discursive pour l’examiner en contexte dans son cadre énonciatif, sa dynamique interactionnelle et l’ensemble de sa mise en mots. A travers cette double opération, l’analyse dépasse le plan des raisonnements abstraits ; elle dégage les significations qui se construisent explicitement et implicitement dans l’échange verbal, ses enjeux sociaux et les jeux de pouvoir qui s’y mettent en place. Cette démarche à la fois argumentative et discursive, exemplifiée par des analyses concrètes, sera expliquée dans ses rapports à d’autres modèles poursuivant une visée similaire comme ceux de la CDA et en particulier Fairclough & Fairclough, et R. Wodak.

15 avril 2022:

Caroline Staquet

Le rapport institutionnel comme réservoir argumentatif en linguistique appliquée : Analyse d’un rapport sur l’immersion linguistique « européenne »

Dans le sillage de la mondialisation néolibérale, les institutions européennes ont chargé un groupe d’experts académiques d’établir un cadre théorique pour l’immersion linguistique en Europe, qu’ils ont été rebaptisée à cette occasion en EMILE (soit l’« enseignement d’une matière par l’intégration d’une langue étrangère » ou « CLIL » en anglais). Après avoir construit l’approche comme un « succès » pendant plus de quinze ans, le champ scientifique de l’EMILE se caractérise depuis quelques années par des controverses de plus en plus vives. Les critiques ont ciblé avant tout les faiblesses méthodologiques de nombreuses études qui ont omis de rendre compte du caractère élitiste de l’EMILE, ainsi que l’emploi d’une rhétorique promotionnelle dans nombre de discours scientifiques sur l’approche.

Dans cette communication, je me propose de retracer la genèse de ces controverses scientifiques à travers l’analyse discursive d’un document-clé sur l’approche, à savoir le rapport « CLIL/EMILE : The European Dimension » (2002). Bien que D. Marsh, l’expert-fondateur de l’EMILE, ait rédigé ce rapport pour le compte des institutions européennes principalement à partir d’informations rapportées par des praticiens de l’EMILE, l’analyse de ses conditions de circulation révèle que celui-ci a constitué un réservoir argumentatif dans lequel les recherches sur l’EMILE ont abondamment puisé par la suite. Dans ma présentation, j’analyserai les marques discursives qui peuvent éclairer cette circulation intense et me pencherai notamment sur la manière dont le rapport a tenté d’asseoir la légitimité de l’approche à l’époque et lissé toute conflictualité, en particulier en construisant l’EMILE comme « égalitaire ».

Said Mahmoudi

NN

13/05/22 : Albin Wagener 

Les mèmes, entre fun et politique

Depuis une vingtaine d'années, grâce à l'avènement du web 2.0, les mèmes ont émergé comme un véritable nouveau moyen de communication pour les internautes du monde entier. En passant par plusieurs formes sémiotiques et en combinant texte et image, les mèmes possèdent déjà une histoire riche, faite d'évolutions et de controverses. Souvent matérialisés et utilisés sur des boards (4chan, Reddit) ou d'autres types de sites (9gag), ils ont fini par atteindre les réseaux sociaux traditionnels (les groupes de neurchi sur Facebook, ou encore sur Instagram). Le but de cette intervention est de proposer une brève histoire des mèmes, une grille de lecture de ces productions qui constituent un véritable nouveau langage postdigital, mais également d'analyser leur caractère polémique, qui vise à utiliser certains ressorts humoristiques apparemment anodins, pour en faire de véritables outils politiques, y compris extrémistes.

10/06/22 Fabienne Baider

Discours de haine implicite? Le rôle des théories du complot dans les appels à la haine

La majeure partie des recherches consacrées au discours de haine a ciblé des discours répondant aux définitions juridiques c’est-à-dire à des appels explicites à la haine ou à la violence contre une communauté spécifique ou un individu appartenant à cette communauté. Ces appels à la violence sont donc considérés comme étant performatifs, cette performativité étant principalement fondée sur l’intention de faire mal (Culpeper 2021), et sur la volonté de nuire à des individus uniquement à cause de leur appartenance à une communauté spécifique. Mais qu’en est-il des appels à la violence et à la haine par inférence? Sont-ils moins ‘performatifs’, que les appels explicites? D’un point de vue juridique ils ne sont pas en effet catégorisés comme étant des discours de haine. Sur la base de corpus rassemblés dans trois projets consacrés aux discours de haine, corpus composés notamment d’échanges en ligne et de discours politiques faisant référence (ou ‘inférence’) aux théories du complot, nous analyserons la performativité de ces discours. Nous proposerons de catégoriser de tels discours comme étant des discours de haine implicite.

 

Vous trouverez quelques unes des présentations dans notre chaîne Youtube.

Pour avoir le lien, il faut vous être inscrit-e: 

1) Vous devez avorir un compte sur http://www.analysedudiscours.net. Il faudra cliquer en haut à droite pour en solliciter un, si vous en avez pas encore. L’activation ne se fait pas tout de suite. Il faudra attendre un à trois jours. 

2) Ensuite, vous devez vous inscrire le plus tôt possible dans notre groupe "Séminaire DiscoursNet Paris: Discours, Langage et Société" qui porte cet événement en cliquant sur le bouton au-dessus de la photo avec notre bâtiment. Vous pourrez ensuite recevoir les messages de la liste de diffusion de ce groupe. On n'arrivera sans doute pas à répondre à vos questions individuellement. Mais on enverra toutes les informations concernant ce séminaire par la liste et vous allez les recevoir si vous êtes bien inscrit.e. 

3) Finalement, la veille de la conférence, vous recevrez le lien par courrier.

Toutes séances seront publiques, enregistrées et diffusées par les médias sociaux. En assistant aux séminaires, les participant-e-s se déclarent d’accord pour la diffusion en ligne de toute contribution au séminaire. 

Nous espérons contribuer à un effort collectif et à créer un moment de rencontre positif dans ces temps difficiles.
 
Au plaisir de vous voir nombreu-se-s !
 
Johannes, Christine, Marc, Manon, Luciana